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L’ascension du Mont Blanc

La genèse :

L'idée naît début 2008 avec un challenge sportif en montagne : l'ascension du Mont Blanc à l'été 2008. Romain me fait part de son projet. Dans un premier temps, je décline cette aventure de haute montagne jugeant le temps de préparation trop court. Cependant, suite à divers évènements, le projet ne peut pas se concrétiser à l'été 2008 pour Romain et ce dernier me propose à nouveau, en septembre de la même année, le challenge du Mont Blanc mais pour l'été 2009. Je suis "au pied du mur". Cette fois-ci je comprends que je tenterai le Mont Blanc en 2009 ou bien... jamais... Le projet est ainsi lancé pour nous deux qui apprécions la montagne et qui aimons l'effort. C'est aussi parce que ce projet était initialement prévu par Romain avec Christophe, un ami d'enfance, mais encore parce que les cordées pour le Mont Blanc sont de 2 personnes accompagnées d'un guide, qu'Antoine, mon fils, se joindra à ce projet où nous nous retrouverons finalement 4 personnes sur 2 cordées : Romain-Christophe + Antoine et moi-même (Bernard).

La préparation :

La réalisation d'un tel projet demande différentes préparations (matérielle, physique, et mentale ) ainsi qu'un encadrement par un professionnel pour assurer la sécurité en haute montagne : le guide. Nous (Romain, Christophe, Antoine et moi-même) sommes un peu fous mais nous gardons les pieds sur terre et nous ne voulons pas mourir tout de suite... L'ascension du Mont Blanc diffère quelque peu de la plage et une telle aventure demande des équipements spécifiques dont notamment crampons, piolet et vêtements thermiques permettant de tenir dans un environnement hostile. Les températures courantes sont de -10° par grand soleil et une variation subite peut faire chuter cette température à -40°. Le maillot de bain étant inapproprié, nous nous procurons tout l'équipement dans les magasins spécialisés. Une fois équipés, nous pouvons passer aux choses plus sérieuses, c'est à dire aux week end de préparation. Un programme est concocté avec, selon les disponibilités des uns et des autres, un entraînement plus ou moins intense. Nous avons donc parcouru les montagnes suivantes avant de se lancer sur les pentes du Mont Blanc : La Vallée Blanche (à ski et en stage de glace), le Grand Paradis, le Puy de Sancy, le Breithorm, Castor et Pollux. (Soit 4 sommets à plus de 4000 m). Antoine, le plus jeune, est celui qui aura le moins d'entraînement du fait de son éloignement pour cause d'études à Strasbourg et finalement, l'expérience nous montrera que c'était suffisant pour lui. L'avantage de la jeunesse...

Le jour J :

Le samedi 11 juillet 2009 nous sommes tous les 4 au refuge de Tête Rousse en attendant que nos deux guides, Olivier et Olivier nous rejoignent. Ils montent le dimanche matin pour nous rejoindre par le premier petit train du Mont Blanc qui part de Saint Gervais et qui arrive à son terminus le "nid d'aigle" à 2362 m d'altitude. De là il reste environ 2 heures de marche, 800m de dénivelé, pour atteindre le premier refuge de Tête Rousse situé à 3167 m. Nous avons fait le parcours la veille. Nos guides arrivent à 10h. Le point sur la météo nous contraint à renoncer à l'ascension jusqu'au sommet en une traite aller/retour depuis le refuge de tête Rousse comme convenu la veille. Il fait mauvais, le sommet du Mont Blanc est venté et dans les nuages. Nos guides décident de monter tout de même jusqu'au refuge suivant : le refuge du Goûter à 3817 m d'altitude et cela malgré que celui-ci affiche complet. Nous arrivons au refuge du goûter vers 13h, les conditions climatiques sont mauvaises, nous mangeons et puis nous jouons aux cartes l'après midi en espérant une meilleure météo pour le lendemain. Il fait 8 à 10° dans le refuge... nous gardons les vestes et les bonnets... finalement aucune place ne se libèrera et nous dormirons un peu serré dans le dortoir des guides. Le dimanche soir c'est la veillée d'arme... les guides échangent entre eux des stratégies et des possibilités du lendemain... Finalement, ils nous disent de dormir, ils se lèveront à 3h du matin pour voir les conditions météo. Si c'est bon ils nous réveilleront, sinon l'autre option sera prise de se lever à 6h pour partir à 7h. Finalement la nuit se passe "normalement" comme dans un refuge, c'est à dire pas très bien, sommeil léger et quand on peut dormir. A 2 heures, c'est le branle pas de combat, tout le refuge se lève... sauf nous! Nos guides nous réveillent à 6h et nous informent que toutes les cordées qui sont parties à 3h sont rentrées sans pouvoir accéder au sommet : nuages et vents... Nous déjeunons et puis nos 2 cordées partent seules dans le brouillard. Le mauvais temps nous tient 2 heures durant, avec un vent soufflant à 70km heure. L'arrivée au refuge Vallot (non gardé) situé à une altitude de 4362 m est un peu surnaturelle. Dans ce brouillard et avec cet abri constitué de plaques d'aluminium nous avons l'impression de monter dans un engin spatial. Nous ressortons après un quart d'heure de pause, et là c'est le miracle! ...le ciel se découvre, et nous engageons la partie finale de l'ascension. A cette altitude, l'air est peu dense, chaque pas demande un effort important, et même si nous progressons régulièrement, j'ai l'impression de ne pas avancer. Je regarde l'altimètre de temps en temps, allez, 100m de plus de gravis. Je me retiens de regarder l'altimètre trop souvent par peur du découragement. Je crois arriver au sommet, et puis non, c'est une longue arrête qu'il faut gravir... je m'arrête, en stoppant toute la cordée également, pour reprendre un peu d'air... les guides me disent de continuer, nous reprenons notre lente ascension. Et puis finalement, 10 minutes après nous arrivons au sommet du Mont Blanc. Le sommet n'est pas une grosse bosse comme je le croyais, mais une fine arrête sur laquelle nous devons nous tenir en léger contrebas avec l'aide de nos piolets. Nous n'avons pas le temps de sortir nos appareils photographiques que les nuages nous rattrapent. Seul un des 2 guides aura fait une photo "sans nuage" du sommet. Il est habitué et plus rapide... C'est le bonheur au sommet, la récompense de beaucoup de volonté et d'une longue préparation. Enfin, un de ces moments qui forge l'amitié entre nous et qui reste un moment privilégié entre un père et son fils. Nous prenons la photographie avec la banderole Nexter. Si, si, cette photo n'a pas été prise dans un Hammam... puis nous démarrons la descente. Ca va plus vite mais ça fatigue quand même. Nos 2 cordées se doublent de temps en temps dans les passages qui le permettent, petit jeu de détente et de rivalité. Nous ne croisons aucune autre cordée à l'exception d'une seule quand nous arrivons au refuge du Goûter. Nous avons donc été une des rares cordées à faire le Mont Blanc ce jour là, peut être même la seule... Nos guides ont fait le bon choix pour l'heure de départ et mon appréhension de devoir croiser des cordées sur les arrêtes du Mont Blanc était injustifiée... Le Mont Blanc n'est pas toujours très fréquenté! La suite c'est le repas au refuge du Goûter puis le retour dans l'après midi sur le refuge de Tête Rousse, avec pas mal de rochers à désescalader et puis le couloir de la mort à refranchir... à 15h de l'après midi, la ou les pierres chutent un peu aléatoirement, laissant rarement plus de trois minutes sans voir passer un de ces projectiles à pleine vitesse. Je ne raconte pas le détail, mais je suis convaincu qu'il serait impossible à une entreprise d'avoir l'aval de son CHSCT sur un tel passage dans le cadre du travail des ses employés... Nous c'est pas pareil, nous sommes en congés. A l'exception du couloir de la mort, je n'ai jamais eu l'impression de prendre des risques. Cependant, nous apprendrons quand même que la semaine suivante une cordée de 3 personnes (dont un guide) a dévissé dans le passage rocheux entre le Goûter et Tête Rousse, faisant 3 morts.

Bilan :

La réussite d'une telle ascension, c'est l'aboutissement d'une longue préparation, c'est la chance de la météo, c'est la récompense d'un effort physique long et soutenu. Ce sont aussi des paysages de montagne plein la tête et des moments de partage intense entre des êtres qui partagent les mêmes passions. Enfin bref, c'est du bonheur.

La suite :

Et bien peut être de nouveaux sommets alpins à l'été 2010. Romain et Christophe préparent le Mont Rose ainsi que les Dômes de Miage. Pour la part, j'envisage les Dômes de Miage avec Romain et Christophe. Cependant mon état de santé actuel, s'il me donne un peu de répit me permettant de relater notre ascension du Mont Blanc, me fait douter de mes capacités montagnardes. C'est aussi cela l'ascension d'un sommet : le bonheur d'être en capacité physique de gravir une montagne et l'impermanence de ce moment.

Article rédigé par Bernard CROUZIER avec Romain LAFITTE.


Dernière mise à jour: 31/08/2017